Bric à Brac

Bric à Brac – Maria Jalibert /Didier jeunesse – 2013

Quel plaisir de remettre en lumière ce magnifique imagier Bric-à-brac de Maria Jalibert. Cet album m’accompagne souvent lors de lectures de rue où je rencontre les tout-petits, les adultes qui les accompagnent et aussi des enfants plus grands qui viennent seuls à ces rencontres autour du livre. Je suis toujours admirative de voir comment cet album fédère, émerveille les lecteurs en herbe et les adultes. Sa valeur artistique, ses niveaux de lecture, offrent à chacun la possibilité d’y prendre ce qu’il veut. Les enfants choisissent au gré des pages leurs jouets préférés, se questionnent sur le lien entre les concepts mis en avant et les photographies, les invitant subtilement à la lecture d’images. Les adultes d’abord touchés par la qualité graphique de l’imagier, cherchent aussi dans les illustrations, comme dans la page « boutons pairs, moutons impairs », où ils comptent, regardent et commentent les objets.

Toute la poésie de Maria Jalibert est là, elle met en scène des petits jouets photographiés pour illustrer des concepts simples comme « orange » ou « rose », qu’elle croise avec des notions plus complexes pour donner « orange/rangé », « rose/désordre », « jaune soleil », « vert endroit envers », etc.  Cet imagier va plus loin que les notions basiques, l’auteur nous amuse avec des jeux de mots, des jeux de lecture d’image comme « diagonale à cheval » qui représente une magnifique ligne de figurine de chevaux en diagonale sur une double page. Jusqu’à la « faim » Maria Jalibert nous surprend !

Céline Mizier – Lectrice / Formatrice

Parlons albums : Où va le chat ?

Où va le chat ? Léa Decan – l’Agrume 2020

Monsieur Chat, c’est le chat de Lisa.
Le chat qu’elle tient dans ses bras, en lisant, Lisa.
Et quand il s’en va, Monsieur Chat, Lisa se dit :
“Mais où va ce chat ?”
Nous, grâce à Léa, on le suit, ici et là, chez ses amis, Monsieur Chat, le chat de Lisa.
On connaît même Capucine, sa copine, la chatte d’Amélie, sa voisine, qu’il va voir le samedi soir.
Ainsi va de haut en bas, Monsieur Chat, le chat de Lisa !

Bon ! D’abord, au 4ème étage, lundi matin, chez Sébastien, un écrivain.
Ensuite, chez Mina, sa voisine d’en bas,
et Maud, une grande artiste, qui le peint à chaque fois !
Et puis Mamie Yvonne, chez qui le mercredi, quand midi sonne, à l’heure du repas,
de bons petits plats mitonnent !

On s’invite, comme ça, en trois temps, dans chacun de ces appartements.
D’abord, le texte pose le contexte, sa couleur en accord comme prétexte.
Les visites se rythment entre intérieurs, terrasse et rimes
Mais avant cela, sur la belle page, la peinture acrylique s’affiche en pleine page.

On entre comme ça, comme chez soi !
Chez les amis de Monsieur Chat, à côté, en haut, comme en bas,
Le chat de Lisa, d’ailleurs, d’ici et de là,
Et on s’installe, en double page, avec de moult détails dans l’image.
Tous super sympas, les amis de Monsieur Chat.
On savoure l’instant, qu’est-ce qu’on se sent…  Bien…Vraiment ! 

Ça donne envie d’en faire partie, la fête des voisins, ici, c’est sûr, c’est bien !
Musique, peintures, saveurs, tournures, pour Monsieur Chat, le chat de Lisa,
la fête des voisins, on le voit, c’est chaque jour et à tous les étages !
Chaque rencontre est parsemée d’art. Même pas besoin de traverser le trottoir !
Au-dessus, en dessous et même à côté, son voisinage, tel un village est composé.

Et comme dit le dic(ha)ton: “Il faut tout un village pour élever un chat(on)”

Un premier album de Léa Decan, avec la très belle et très touchante histoire de Monsieur Chat Tout ce qu’on peut dire à L.I.R.E, c’est : « Léa, LE PROCHAIN, C’EST POUR QUAND ? »

Ateliers et moments de jeux pour les résidentes et leurs enfants dans la Maison de la Mère et de l’Enfant

La Maison de la mère et de l’enfant est un centre maternel qui assure l’accueil prénatal et postnatal des mères seules et de leur enfant jusqu’à 18 mois.
Une équipe médico-socio-éducative accompagne les jeunes femmes dans leur parentalité, comme dans leur projet de réinsertion sociale et professionnelle.

Au sein de cette structure, une crèche accueille une vingtaine d’enfants répartis dans deux groupes. Depuis une dizaine d’années, un partenariat s’est construit entre l’association L.I.R.E et cette crèche.
Ainsi, deux mercredis par mois, un lecteur vient partager des histoires et des comptines autour de l’album jeunesse avec les enfants et les professionnelles.
Ces rencontres durent une heure par groupe et permettent de passer un moment à lire, chanter et accompagner les premières manipulations du livre avec chaque enfant qui le souhaite.
Une variété d’albums jeunesse est mis à disposition des enfants, libres de choisir d’explorer les livres à leur rythme et à leur manière, seuls, accompagnés d’une professionnelle de l’équipe, ou du lecteur
.

Ces rencontres, interrompues lors du premier confinement du fait de la fermeture de la crèche de la maison de la mère et de l’enfant, ont laissé place à l’ingéniosité des professionnelles engagées pour continuer d’offrir aux mères et à leurs enfants des moments conviviaux malgré les restrictions sanitaires.

Claudia Castajon, éducatrice de jeunes enfants dans l’équipe de la crèche de la maison de la mère et de l’enfant, témoigne de tous ces moments partagés.

Pendant la période de confinement (17 mars au 11 mai 2020), due à la crise du Covid 19, j’ai mis en place, dans le respect des mesures sanitaires, (distanciation physique, gel désinfectant, utilisation des masques, nombre de participation des résidentes limités), des ateliers pour les résidentes avec leurs enfants, dans le but de maintenir le lien mères enfant et d’offrir des moments de partage et de plaisir entre tous.
J’ai installé les jouets dans le jardin, visible pour les mères que j’invitais à nous joindre.
J’ai mis en place des ateliers de construction de jouets à partir d’un matériel de récupération, des ateliers lecture, des ateliers chanson, des ateliers peinture, des ateliers de confection de masques, etc.
Les mères plongées dans l’atmosphère anxiogène de la Covid, se sont déclarés heureuses de « souffler » selon leur propre terme, et d’oublier, dans ces moments ludiques partagés avec leurs enfants, le poids des évènements.
Nous avons eu de nombreux échanges à propos des règles d’hygiène et de protection à observer contre la Covid 19, et nous avons aussi vécus des partages d’expériences et de compétences, en particulier entre mères, qui pour beaucoup, se connaissaient à peine.
Cette période m’a montré le plaisir que prenaient ces mères dans ces activités et ces échanges, avec leurs enfants et vice versa.
Elles se sentaient à l’aise, redevenaient elles-mêmes, spontanées, naturelles, jouaient avec leurs enfants et les enfants des autres mères, oubliant le contexte « Covid ».
C’était un moment riche en partages et inoubliable pour nous tous.

 Claudia Castajon Educatrice de Jeunes Enfants

Parlons albums : Sur le sol

Sur le sol – Philip Giordano, Giovanna Zoboli – seuil jeunesse 2020

sur le sol Philip Giordano, Giovanna Zoboli, seuil jeunesse

L’escargot, la graine, la souris, nous montrent les chemins.
Sur ou sous le sol, si on les suit, on traverse tous les éléments : minéraux, végétaux, eau, animaux, petits comme gros.

Dans cet imagier, agréablement cartonné à l’italienne, on y a trouvé :

Un style authentique, épuré voir rustique,
une impression de gravure,
une façon de tampon,
un on ne sait quoi du Père Castor,
le sentiment de traverser les saisons,
en croisant sur sa route de petits trésors.
Le jour, la vie jaillit comme cette source.
La nuit, la vache convoque la lune, les rêves, les étoiles
et la graine germe de la terre à l’air.

sur le sol Philip Giordano, Giovanna Zoboli, seuil jeunesse

Tout ce qu’on peut dire à L.I.R.E, c’est : “On aime quand germent les graines.”

Stéphane Boulanger, lecteur formateur

Rencontre parents enfants à la pouponnière des Recollets

Depuis plusieurs années, les lecteurs de LIRE interviennent dans les pouponnières des foyers de l’enfance parisiens. Il s’agit de mener des séances de lecture dans les lieux de vie des enfants qui y sont placés, et dans les salons de visites, où les parents viennent rencontrer leurs enfants.
Le 12 juin 2019, la pouponnière du foyer de l’enfance des Recollets, organisait une rencontre parents/enfants autour de la lecture. Tous les parents qui fréquentent le salon de visite avec leurs enfants, étaient invités à partager un temps convivial autour des livres, animé par la lectrice que beaucoup d’entre eux connaissent déjà.

Elle fait le récit de cette matinée :

Ce matin-là, la grande salle était joliment décorée. L’équipe de la pouponnière avait disposé des affiches de livres sur les murs, et imprimé des messages pour renseigner les parents sur les bienfaits de la lecture avec leurs enfants.
Pour favoriser la rencontre avec les livres, je les installe un peu partout : sur les accoudoirs des fauteuils pour adultes, les tables basses, les tapis pour bébés, mais aussi dans le coin dînette ou sur la structure motrice.

A la demande de la responsable de la pouponnière, j’ai également apporté une documentation sur les bibliothèques parisiennes, une petite bibliographie pour aider les parents dans leurs choix et le petit guide « lire à mon bébé ».

Tout est prêt, les parents peuvent arriver.
Lorsqu’ils entrent dans la pièce, je salue ceux qui me connaissent déjà et je me présente aux autres.
On échange quelques mots en attendant que les professionnelles nous rejoignent avec leurs enfants.

Au moment des retrouvailles, je reste en retrait, et j’en profite pour préparer mes livres :
Tiens, Aïcha[1] est là ? Elle avait bien aimé les livres de la série des papa[2] la dernière fois, je vais donc sortir « papa pique » et « papa se rase ».
Pour ce petit garçon de 3 ans, que je ne connais pas encore, peut-être des imagiers, et pour les jumeaux Luc et Lucas, des livres avec des loups, ils en sont friands. Et bien sûr, pour tous des comptines et des chansons en quantité, ce sont généralement des livres qui font l’unanimité.

Rapidement, chacun s’installe, les canapés qui entourent le tapis des bébés sont investis, les enfants sur les genoux de leurs parents. Les lectures peuvent commencer.

Les parents d’Aïcha (3 ans) sont venus tous les deux et ils ont amené des livres pour leur fille. Je discute avec eux, je regarde les livres qu’ils ont apportés, je leur fais remarquer qu’il y en a que je ne connais pas et que c’est chouette pour moi de découvrir de nouveaux titres. Je parle aussi des bibliothèques, ils me disent qu’ils n’habitent pas à Paris mais que dans leur ville, il y en a une aussi, et qu’ils y vont parfois. Je leur donne la petite bibliographie. Les adresses des bibliothèques parisiennes, ils n’en ont pas vraiment besoin, mais je leur donne quand-même : il y a une bibliothèque à deux pas de la pouponnière, ils pourront y faire un tour à l’occasion. Quant au guide du bébé lecteur, je fais remarquer qu’il ne concerne pas vraiment Aïcha. A 3 ans, elle est déjà très lectrice et il est rare qu’elle s’éloigne pendant la lecture ou mordille le livre. Le père est content : « Ah oui, c’est vrai, vous avez remarqué comme elle peut être concentrée quand on lui montre un livre ? »
Aïcha nous écoute. Après avoir donné les documents à ses parents, je prends un des livres qu’ils ont apportés et le feuillette, puis je le lui tends : « Tu veux le regarder ? Avec tes parents peut-être ? » Elle s’installe entre ses deux parents.  C’est sa mère qui lit à voix haute. Je reste tout près, je souris à la mère quand elle m’adresse des coups d’œil pendant la lecture. J’écoute l’histoire jusqu’à la fin, puis je remercie la mère : c’est très agréable pour moi d’écouter une histoire, pour une fois que les rôles s’inversent ! Elle me rend mon sourire, amusée, puis enchaîne sur une autre lecture avec sa fille.
Je m’éloigne pour aller vers une autre famille.

Aroun, 3 ans, est collé contre les genoux de son père. Je ne les connais ni l’un ni l’autre. Je m’approche, pas trop près, et je tends vers lui le livre « Joyeux anniversaire » [3] en lui proposant de le lui lire. Il me répond, fermement « non » puis, comme je reste face à lui, le livre tendu dans sa direction, il répète « non, c’est papa ! » en prenant le livre.
Il met le livre dans les mains de son père, qui ne semble pas savoir qu’en faire. Je lui dis « si tu veux, je te le lis ici, tu restes avec ton papa » mais une fois de plus il me répond « non ».
Alors je m’éloigne.

La petite Alice, deux mois, est également accompagnée de son papa.

lire avec mon bébé guide pratique

Je ne connais encore ni le bébé ni le père, je vais donc vers eux avec un livre à la main et mon plus beau sourire à la bouche. Je lui demande s’il a déjà montré un livre ou chanté une chanson à son bébé. Lu non, mais chanté, oui ! Ça tombe bien, j’ai pris « Bateau sur l’eau » [4]. Je commence à chanter. La petite regarde le livre, puis mon visage. Elle est très calme, dans les bras de son père. Quand son regard se met à papillonner autour de la salle, alors que la chanson n’est pas terminée, son père lui murmure : « écoute », en tapotant le livre des doigts. Je souris. Je termine la lecture puis je lui dis que les bébés parfois écoutent en regardant ailleurs, ou peut-être qu’ils n’écoutent plus mais que ce n’est pas grave, ce qui compte c’est de passer un bon moment. Je lui montre le petit guide. On regarde ensemble les photos, on fait les commentaires. Il dit qu’Alice ne met pas les choses dans la bouche « sauf ses mains ». Oui, elle est trop petite encore, mais ça va sûrement venir, beaucoup d’enfants le font. Je lui donne également les deux autres documents et je le laisse, Alice semble fatiguée. (Quelques minutes plus tard, je remarquerai qu’elle s’est endormie dans les bras de son père)

Luc et Lucas (deux ans et demis) sont accompagnés d’une professionnelle de la structure. Leur mère n’a pas pu venir, mais comme ils sont familiers du salon de visite, ils ont été conviés à participer à ce moment. La professionnelle leur à lu beaucoup de livres, je prends un moment pour prendre le relais. Avec eux, c’est facile, ils sont de gros lecteurs. Ils choisissent des livres, les écoutent ensemble ou chacun leur tour, ils savent qu’ils ne sont pas obligés d’être attentifs jusqu’au bout et s’ils veulent passer à autre chose ils ne s’en privent pas. Luc me demande de lui relire « Au secours voilà le loup » à plusieurs reprises, son plaisir grandissant au fil des lectures. Son frère écoute parfois avec nous. Au bout d’un moment, je lui propose de regarder le livre tout seul, ou de demander à la professionnelle qui les a accompagnés de le lui lire : Je voudrais revenir vers Aroun et son père.

Ils sont toujours installés au même endroit. Pendant toutes mes interactions avec d’autres familles, le père de Aroun m’a observé. Je me dis qu’il est important que je lui transmette les mêmes informations qu’aux autres parents. Me revoilà donc devant lui, avec mes documents à la main. Manifestement, il n’est pas très à l’aise avec la langue française et n’a pas du tout les codes de l’écrit.
Je commence donc par le guide du bébé lecteur en essayant d’expliquer ce qu’il y a dedans, en m’appuyant sur les photos. Il m’écoute avec attention, hoche la tête. Je ne veux pas le mettre en difficulté, je décide donc de me contenter des informations essentielles : c’est chouette de regarder un livre avec son enfant, et ça ne demande aucune compétence particulière. Il a l’air d’approuver. Je lui propose alors « Le grand imagier photo des petits » [5] . Il l’ouvre, au hasard, et tombe sur le chapitre consacré aux animaux. Il désigne un animal du doigt, regarde son fils qui dit « mouton ? » Le père répète « Mouton ? » en me regardant. Je jette un œil « ah, non, ce n’est pas un mouton ». Aroun montre que l’animal est dans l’eau. Il pointe l’eau et dit à son père « canard ? » Le père, à nouveau, m’interroge du regard « non, ce n’est pas non plus un canard, c’est un hippopotame ». Ah, d’accord, hippopotame, père et fils répètent le mot qu’ils ne connaissaient pas en français. Puis le père tourne les pages. Ensemble, ils regardent plusieurs animaux, et soudain le père s’arrête et pointe un animal en se tournant vers moi : « ça, canard ? » « Non, c’est une tortue, ça vit dans l’eau aussi ».
Je laisse Aroun et son père poursuivre leur exploration de cet imagier, alors que je vais lire à d’autres enfants, je vois du coin de l’œil qu’ils passent un long moment ensemble à regarder les animaux et émettre des hypothèses sur le nom de chacun. L’équipe m’a confié que c’était la première fois qu’ils partageaient un moment de lecture tous les deux. J’espère que ce ne sera pas la dernière et j’attends avec impatience de les voir de nouveau au salon de visite, pour poursuivre ce qui a été commencé ce jour-là.

Beaucoup d’autres lectures ont eu lieu ce matin-là. Parfois, comme avec Aroun et son père, ma présence a été nécessaire et d’autre fois pas du tout , comme par exemple, la maman d’Inès (3 ans) qui a apporté des livres et les a lu longuement à sa fille.

Les parents de Nina-Claire, (9 mois) ont découvert avec grand plaisir que leur petite appréciait écouter des chansons et qu’elle regardait avidement les images des livres.

Le petit Sasha, (10 mois), dont les parents n’ont pas pu venir, a également bénéficié de temps de lectures avec moi ou les professionnelles de la structure, entrecoupés de moments de jeu.

Le double objectif est atteint : les parents et les enfants ont passé un moment agréable et convivial, cette rencontre a renforcé l’encrage du livre dans la relation entre les parents et leurs enfants.

Chloé Seguret, lectrice formatrice

[1] Tous les prénoms des enfants ont été changés

[2] « Papa Pique » « Papa docteur » Alain Le Seau, école des loisirs

[3] « Joyeux anniversaire » C. Nakagawa J. Koyose Rue du monde

[4]« Bateau sur l’eau », Martine Bourre, Didier jeunesse

[5] « Le grand imagier photo des petits », Coll Larousse