Parlons album : Sans orage ni nuage

Sans orage ni nuage, Eléonore Douspis, Albin Michel jeunesse, 2020 – 13€50

On pénètre par l’entrée, trois plantes vertes y sont posées.

Sans orage, ni nuage, pourtant,

il pleut dans la maison.

Dans le salon, même s’il  y a des jouets sur le tapis, 

y a pas le cœur à ça, aujourd’hui.

En famille, en vain, ils cherchent la fuite,

dans la cuisine, au salon,

dans les chambres à l’étage, sans solution.

Pourtant à l’extérieur, même si le soleil resplendit,

Pauline et Louis, à la récré, gardent leur cirés.

A la maison, à leur retour, 

il pleut toujours.

Surprise, une pousse s’est faufilé

entre les lames du parquet.

Des couleurs font leur apparition à l’intérieur du panier,

des grenouilles emménagent, le poisson rouge est libéré!

Intrigués, des écoliers rejoignent Pauline et Louis.

Ensemble, ils se jettent à l’eau, grimpent aux arbres.

Les sourires se dessinent sur les visages,

la lumière du soleil jaillit,

la scène s’éclaire de ses rayons

l’eau a fini de tomber dans la maison

L’ambiance lourde, grisâtre, étrange du salon,

s’inverse, l’averse cesse dans la maison.

Les poules sortent du poulailler!

Tout ce qu’on peut dire à L.I.R.E, c’est « Vive les poissons rouges et les poules libres !”

Stéphane Boulanger, lecteur formateur

Le livre et le tout-petit : 20 ans de partenariat entre l’Agence quand les livres relient et la Fondation du Crédit Mutuel

Jeudi 10 juin 2021 – en ligne | Paris (75) 09:00 → 12:30

Cette journée proposée par l’Agence quand les livres relient, a pour objet de présenter le travail mené en partenariat avec la Fondation du crédit Mutuel depuis 20 ans et de dévoiler les premières tendances de l’étude menée par le cabinet d’études TransFormation Associés, consacrée à l’évaluation de l’action de l’Agence et de son utilité sociale.
Pour le programme complet et l’inscription en ligne, cliquez sur le lien

 © La Petite Bibliothèque Ronde

Bric à Brac

Bric à Brac – Maria Jalibert /Didier jeunesse – 2013

Quel plaisir de remettre en lumière ce magnifique imagier Bric-à-brac de Maria Jalibert. Cet album m’accompagne souvent lors de lectures de rue où je rencontre les tout-petits, les adultes qui les accompagnent et aussi des enfants plus grands qui viennent seuls à ces rencontres autour du livre. Je suis toujours admirative de voir comment cet album fédère, émerveille les lecteurs en herbe et les adultes. Sa valeur artistique, ses niveaux de lecture, offrent à chacun la possibilité d’y prendre ce qu’il veut. Les enfants choisissent au gré des pages leurs jouets préférés, se questionnent sur le lien entre les concepts mis en avant et les photographies, les invitant subtilement à la lecture d’images. Les adultes d’abord touchés par la qualité graphique de l’imagier, cherchent aussi dans les illustrations, comme dans la page « boutons pairs, moutons impairs », où ils comptent, regardent et commentent les objets.

Toute la poésie de Maria Jalibert est là, elle met en scène des petits jouets photographiés pour illustrer des concepts simples comme « orange » ou « rose », qu’elle croise avec des notions plus complexes pour donner « orange/rangé », « rose/désordre », « jaune soleil », « vert endroit envers », etc.  Cet imagier va plus loin que les notions basiques, l’auteur nous amuse avec des jeux de mots, des jeux de lecture d’image comme « diagonale à cheval » qui représente une magnifique ligne de figurine de chevaux en diagonale sur une double page. Jusqu’à la « faim » Maria Jalibert nous surprend !

Céline Mizier – Lectrice / Formatrice

Infolettre du printemps

Dans cette nouvelle infolettre, nous vous parlons de la certification « Qualiopi » pour nos formations, Stéphane lecteur/formateur raconte notre nouveau partenariat avec « Les pâtes au beurre », retrouverez aussi une sélection d’albums pour se blottir dans les bras des parents, sans oublier notre traditionnel petit jeu !

Bonne lecture !

Infolettre complète au format PDF

Parlons albums: Coucou, Caché, deux albums insolites

Le premier se déploie comme un accordéon, le second ressemble à un prix Goncourt. Ces deux livres sont des coups de cœurs de l’équipe de L.I.R.E !

Lorsqu’ils sont apparus en librairie, nous avons été d’abord un peu méfiants. Ces derniers temps pullulent beaucoup de livres qui, à grand coup de marketing, s’auto qualifient d’indispensables pour les bébés. Hors, comme l’écrit le spécialiste de l’album Michel Defourny: «Il ne suffit pas d’ajouter un « plus produit », peluche ou gadget… Pour faire un livre pour les bébés »*.

Coucou, de Lucie Félix et Caché de Corinne Dreyfus nous ont chacun interpellés, par leur hybridité d’abord, le premier nous plongeant dans le monde des premiers jeux des bébés et le second dans celui trop sérieux des adultes, mais aussi par leur aspect atypique, les rendant l’un et l’autre complètement à part dans les étals de nos librairies.

Alors nous en avons acheté quelques exemplaires de chaque, et nous sommes allé interroger nos experts en la matière, les bébés, pour nous aider à alimenter notre réflexion.

coucou Lucie Félix, les grandes personesCoucou…

Nous le constatons tous les jours, les jeunes enfants écoutent avec leur corps. Quand on leur lit un album, il leur arrive de se balancer, de se lever, de bouger bras ou jambes, de s’éloigner même. Nous l’observons avec toutes sortes de livres. Mais certains ouvrages vont plus loin, ils invitent intrinsèquement les enfants à bouger, à agir.

C’est le cas avec ce très beau livre-objet, qui s’explore des yeux, des oreilles et des menottes.

Il se présente comme un paravent, aux solides pages de carton, reliées entre elles par une toile épaisse qui supporte très bien les manipulations.

Chaque page est percée d’une ou plusieurs formes, dans lesquelles s’insèrent des plastiques transparents et colorés.

Les pages sont blanches d’un côté, noires de l’autre.

Quand on l’ouvre comme un livre, on constate déjà que les mêmes formes résonnent différemment en nous selon la couleur du fond. Les enfants, même tout petit y sont sensibles, ils réagissent quand on passe du recto au verso d’une page.

Coucou, Lucie Félix, les grandes personnes

Et très vite, ils s’approprient l’objet, le prennent en main pour en découvrir les différentes propriétés : Si on tapote sur les éléments de plastique, ça fait un drôle de bruit. Le soleil qui passe à travers offre mille jeux de lumière. Les couleurs primaires s’additionnent, donnent naissance à de nouvelles nuances.

Le livre devient mur, cabane, cachette ou chemin, posé au sol. Les enfants se lèvent, s’allongent dessus ou en dessous, l’enjambent. Ils le déploient ou le replient, essayent d’en faire une tour, un toit. Équilibre précaire, patatras, tout s’écroule et on recommence. De nouvelles idées arrivent, à plusieurs c’est encore mieux. On se regarde, c’est amusant le visage de l’autre avec des lignes bleues ou à moitié jaune. Et ces petites tâches colorées, comme des bonbons ou des confettis que la lumière projette sur ma main ou sur le sol.

Que de découvertes dont les bébés sont si friands.

Alors que nous nous émerveillons de voir tous les possibles offerts par cet album, nous sommes parfois interpellés. La dimension ludique ne fait aucun doute, mais est-ce encore un livre ?

Il est vrai que de Munari à Komagata, les auteurs ne cessent de repousser la frontière entre le livre et le jeu. Lucie Félix travaille toujours à la lisière des genres. Ses ouvrages font toujours du lecteur un véritable acteur, qui va contribuer à en écrire le sens.

Ainsi, si le livre ne contient pas une histoire, il contribue à en créer de multiples.

 

…Caché !

Paru lors de la rentrée littéraire 2017, Caché est annoncé, comme étant le 1er roman pour les bébés. Et, effectivement, tout dans l’objet nous renvoi à la littérature de ceux-qui-savent-lire: le format façon maison d’édition prestigieuse, le bandeau à la manière d’un prix littéraire qui annonce la couleur (le premier roman pour les bébés),  la préface du spécialiste (Patrick Ben Soussan, pédopsychiatre),  la pagination, le chapitrage…

Détail d’importance, dans l’album, aucune illustration pour soutenir, accompagner ou contredire l’écrit. Car dans Caché, c’est bien le texte et uniquement lui, tantôt dansant, virevoltant, s’agrandissant et se rapetissant, qui fait image, qui créé l’image dans le livre.

Les bébés, qui, comme le rappelle Patrick Ben Soussan, ne savent encore rien ou pas grand-chose de l’objet livre, vont l’explorer, le découvrir, avec toute leur sensorialité.

Caché Corinne Dreyfuss Thierry Magnier

Puis, grâce à l’accompagnement de l’adulte, à sa voix, qui (rappelons-le) lit le texte écrit, vont aller encore plus loin et, petit à petit, vont construire du sens : cet objet de plaisir quasi charnel est aussi un réservoir à potentialités infinies.

En halte-garderie, un bébé de 6 mois, dans les bras d’un adulte, éclate de rire et écarquille les yeux de surprise, à la variation de la voix de la lectrice et de la typographie du livre. Rapidement les rejoignent plusieurs bébés, interpellés par la jubilation partagée de ces deux-là.

En bibliothèque de rue, un enfant de 16 mois cherche inlassablement, dans toutes les pages du livre, et pendant plusieurs lectures, les numéros de page et les pointe délicatement du doigt.

Une maman s’exclame, mi- amusée mi- émerveillée, qu’elle est fière de son bébé, qui a lu son premier roman dans la salle d’attente de la PMI.

Tous ces moments précieux, et bien d’autres encore, témoignent de la magie de cet album, qui joue des codes de la « noble littérature » pour mieux nous ouvrir les yeux sur toutes les compétences des bébés lecteurs.

Coucou, Lucie Felix, Les grandes personnes, 2018.

Caché, Corinne Dreyfus, Thierry Magnier, 2017.

*Les cahiers d’A.C.C.E.S N°3 « A propos des comptines et des albums ».

Retrouvez une interview de Corinne Dreyfuss et une de Lucie Félix  dans notre rubrique Rencontre avec

Chloé Seguret et Céline Touchard, Lectrices formatrices.