Infolettre du printemps

Dans cette nouvelle infolettre, nous vous parlons de la certification « Qualiopi » pour nos formations, Stéphane lecteur/formateur raconte notre nouveau partenariat avec « Les pâtes au beurre », retrouverez aussi une sélection d’albums pour se blottir dans les bras des parents, sans oublier notre traditionnel petit jeu !

Bonne lecture !

Infolettre complète au format PDF

Parlons albums: Coucou, Caché, deux albums insolites

Le premier se déploie comme un accordéon, le second ressemble à un prix Goncourt. Ces deux livres sont des coups de cœurs de l’équipe de L.I.R.E !

Lorsqu’ils sont apparus en librairie, nous avons été d’abord un peu méfiants. Ces derniers temps pullulent beaucoup de livres qui, à grand coup de marketing, s’auto qualifient d’indispensables pour les bébés. Hors, comme l’écrit le spécialiste de l’album Michel Defourny: «Il ne suffit pas d’ajouter un « plus produit », peluche ou gadget… Pour faire un livre pour les bébés »*.

Coucou, de Lucie Félix et Caché de Corinne Dreyfus nous ont chacun interpellés, par leur hybridité d’abord, le premier nous plongeant dans le monde des premiers jeux des bébés et le second dans celui trop sérieux des adultes, mais aussi par leur aspect atypique, les rendant l’un et l’autre complètement à part dans les étals de nos librairies.

Alors nous en avons acheté quelques exemplaires de chaque, et nous sommes allé interroger nos experts en la matière, les bébés, pour nous aider à alimenter notre réflexion.

coucou Lucie Félix, les grandes personesCoucou…

Nous le constatons tous les jours, les jeunes enfants écoutent avec leur corps. Quand on leur lit un album, il leur arrive de se balancer, de se lever, de bouger bras ou jambes, de s’éloigner même. Nous l’observons avec toutes sortes de livres. Mais certains ouvrages vont plus loin, ils invitent intrinsèquement les enfants à bouger, à agir.

C’est le cas avec ce très beau livre-objet, qui s’explore des yeux, des oreilles et des menottes.

Il se présente comme un paravent, aux solides pages de carton, reliées entre elles par une toile épaisse qui supporte très bien les manipulations.

Chaque page est percée d’une ou plusieurs formes, dans lesquelles s’insèrent des plastiques transparents et colorés.

Les pages sont blanches d’un côté, noires de l’autre.

Quand on l’ouvre comme un livre, on constate déjà que les mêmes formes résonnent différemment en nous selon la couleur du fond. Les enfants, même tout petit y sont sensibles, ils réagissent quand on passe du recto au verso d’une page.

Coucou, Lucie Félix, les grandes personnes

Et très vite, ils s’approprient l’objet, le prennent en main pour en découvrir les différentes propriétés : Si on tapote sur les éléments de plastique, ça fait un drôle de bruit. Le soleil qui passe à travers offre mille jeux de lumière. Les couleurs primaires s’additionnent, donnent naissance à de nouvelles nuances.

Le livre devient mur, cabane, cachette ou chemin, posé au sol. Les enfants se lèvent, s’allongent dessus ou en dessous, l’enjambent. Ils le déploient ou le replient, essayent d’en faire une tour, un toit. Équilibre précaire, patatras, tout s’écroule et on recommence. De nouvelles idées arrivent, à plusieurs c’est encore mieux. On se regarde, c’est amusant le visage de l’autre avec des lignes bleues ou à moitié jaune. Et ces petites tâches colorées, comme des bonbons ou des confettis que la lumière projette sur ma main ou sur le sol.

Que de découvertes dont les bébés sont si friands.

Alors que nous nous émerveillons de voir tous les possibles offerts par cet album, nous sommes parfois interpellés. La dimension ludique ne fait aucun doute, mais est-ce encore un livre ?

Il est vrai que de Munari à Komagata, les auteurs ne cessent de repousser la frontière entre le livre et le jeu. Lucie Félix travaille toujours à la lisière des genres. Ses ouvrages font toujours du lecteur un véritable acteur, qui va contribuer à en écrire le sens.

Ainsi, si le livre ne contient pas une histoire, il contribue à en créer de multiples.

 

…Caché !

Paru lors de la rentrée littéraire 2017, Caché est annoncé, comme étant le 1er roman pour les bébés. Et, effectivement, tout dans l’objet nous renvoi à la littérature de ceux-qui-savent-lire: le format façon maison d’édition prestigieuse, le bandeau à la manière d’un prix littéraire qui annonce la couleur (le premier roman pour les bébés),  la préface du spécialiste (Patrick Ben Soussan, pédopsychiatre),  la pagination, le chapitrage…

Détail d’importance, dans l’album, aucune illustration pour soutenir, accompagner ou contredire l’écrit. Car dans Caché, c’est bien le texte et uniquement lui, tantôt dansant, virevoltant, s’agrandissant et se rapetissant, qui fait image, qui créé l’image dans le livre.

Les bébés, qui, comme le rappelle Patrick Ben Soussan, ne savent encore rien ou pas grand-chose de l’objet livre, vont l’explorer, le découvrir, avec toute leur sensorialité.

Caché Corinne Dreyfuss Thierry Magnier

Puis, grâce à l’accompagnement de l’adulte, à sa voix, qui (rappelons-le) lit le texte écrit, vont aller encore plus loin et, petit à petit, vont construire du sens : cet objet de plaisir quasi charnel est aussi un réservoir à potentialités infinies.

En halte-garderie, un bébé de 6 mois, dans les bras d’un adulte, éclate de rire et écarquille les yeux de surprise, à la variation de la voix de la lectrice et de la typographie du livre. Rapidement les rejoignent plusieurs bébés, interpellés par la jubilation partagée de ces deux-là.

En bibliothèque de rue, un enfant de 16 mois cherche inlassablement, dans toutes les pages du livre, et pendant plusieurs lectures, les numéros de page et les pointe délicatement du doigt.

Une maman s’exclame, mi- amusée mi- émerveillée, qu’elle est fière de son bébé, qui a lu son premier roman dans la salle d’attente de la PMI.

Tous ces moments précieux, et bien d’autres encore, témoignent de la magie de cet album, qui joue des codes de la « noble littérature » pour mieux nous ouvrir les yeux sur toutes les compétences des bébés lecteurs.

Coucou, Lucie Felix, Les grandes personnes, 2018.

Caché, Corinne Dreyfus, Thierry Magnier, 2017.

*Les cahiers d’A.C.C.E.S N°3 « A propos des comptines et des albums ».

Retrouvez une interview de Corinne Dreyfuss et une de Lucie Félix  dans notre rubrique Rencontre avec

Chloé Seguret et Céline Touchard, Lectrices formatrices.

Parlons album: Pour faire une tarte aux pommes

pour faire une tarte aux pommesPour faire une tarte aux pommes, il faut un pépin de pomme, Giacomo Nanni et Bastien Contraire, Albin Michel Jeunesse

Il est délicieux d’être transporté par une histoire. Et lorsque des thèmes aussi universels que le temps, la transmission et la vie sont retransmis avec tant de délicate simplicité par chaque élément de cette histoire, l’émotion ne peut qu’être vive.

Le jeune protagoniste plante un pépin. Les saisons, puis les années passent ; le pépin comme le garçon ont poussé. Il n’y a plus qu’à tendre la main pour cueillir une pomme, laisser les pépins de côté, et préparer une succulente tarte. L’odeur qui sort du four est alléchante. Les pépins sont ensuite offerts au fils du garçon, devenu homme… et le cycle recommencera.pour faire une tarte aux pommes

Le livre-objet que nous offrent Giacomo Nanni et Bastien Contraire doit d’abord se libérer d’un écrin transparent pour pouvoir s’ouvrir. La reliure en spirales participe au cycle infini évoqué par l’histoire. Le texte, impersonnel, est écrit à la manière d’une recette de cuisine. Ses phrases sont courtes, et traduisent l’universalité du propos. Les illustrations aux couleurs vives racontent davantage que le texte et se focalisent sur la vie du garçon. Elles nous montrent son attente, ses rencontres, ses joies et ses paisibles décisions. À la lecture de cet album, deux envies surgissent : recommencer l’histoire à l’infini et… manger une belle part de tarte aux pommes !

Delphine Korwin, lectrice formatrice

 

 

 

 

Avec la bibliothèque François Villon, les livres voyagent et vivent

Alors que le covid 19 avait temporairement mis en confinement les budgets livres alloués à chaque lecteur-formateur de l’association L.I.R.E, les livres de la bibliothèque François Villon, fermée encore quelques mois pour faire peau neuve, étaient, eux confinés à la bibliothèque centrale.

Grâce à une équipe de  bibliothécaires au top, un chariot de nouveautés de 2020 qui n’attendaient que d’être libérées pour être mis entre les mains des petits comme des grands, a pu, en partie (un sac à dos ne pouvant pas toutes les contenir) sortir des sous sols de la bibliothèque centrale et voyager en RAM ( Relais Assistantes Maternelles), en centre social et ainsi être exploré, découvert, partagé entre enfants, parents, professionnelles de l’accueil  familial que sont les assistantes maternelles, éducatrice de jeunes enfants, responsable de RAM ou accueillante en LAEP (Lieu d’accueil Enfants Parents) et lecteur-formateur.

Ainsi, par exemple, “Danse” d’Hervé Tullet, (Bayard jeunesse, 2020). Cet album accordéon met en mouvement des bonshommes et bonnes femmes, faits de traits, de points (rouges, bleus, jaunes) de trous de formes variées percés dans chaque page et de miroirs a donné lieu à de jolis moments d’exploration:

Lors d’un temps d’accueil enfants parents en centre social, une petite fille âgée de 3 ans et demie, manifestement dans une période sensible aux couleurs, a nommé les couleurs de ces danseuses et danseurs.

Danse hervé tullet

 

Ou encore, pendant un accueil en RAM, deux demoiselles, de 2 ans ont joué avec les trous passant leurs mains dans l’un, dans l’autre, se retrouvant ici et là, telle une danse des doigts.

Et aussi, ce petit d’Homme d’un peu plus d’un an, observant les reflets dans les miroirs.

Ceux de son visage, de son assistante maternelle qui se trouvait derrière lui, mais aussi ceux des danseuses et danseurs.

Ainsi,grâce au prêt de la bibliothèque François Villon et aux déambulations de lecteur-formateur dans des lieux d’accueil de jeunes enfants, une bonne vingtaine de nouveaux albums a pu se déconfiner, tout en respectant  les mesures sanitaires.

Tout ce qu’on peut dire à LI.R.E, c’est :

“Merci les bibliothécaires de Villon et vive les livres libres”.

Stéphane Boulanger, lecteur formateur.
Cet article fait suite à celui dans lequel nous nous interrogions sur comment garder le lien avec nos partenaires et notre public, que vous pouvez retrouver ici.